11.10.2009
Affiches et opinions
À Lausanne, oui, à Genève, non : les romands vont pouvoir encore se casser la tête un moment devant les contradictions liées aux affiches anti-minarets que certains édiles ont jugées bon d’interdire tandis que d’autres parvenaient à la conclusion inverse. Le résultat, lui, ne fait pas un pli : grâce à l’amplification médiatique, tout le monde aura bien vu les affiches anti-minarets. Ce qui importe cependant, c’est moins ce réflexe moralisant que l’opinion que chaque citoyen parviendra à se forger au fil des débats, au travers des arguments lus, entendus, échangés.
Il est regrettable que la question première soit : « pourquoi n’avez-vous pas interdit cette affiche ? ». Ne vaudrait-il pas mieux se demander : « que vous inspire cette initiative et que voterez-vous ? ». Que le fonds prime et non la forme. Car en matière de préjugés et d’instigations au racisme, l’encart de l’UDC publié par la Tribune de Genève ne vaudrait-il pas à lui tout seul une interdiction puisqu’il fustige « la racaille d’Annemasse» ?
Malgré tout, le citoyen de 2009 a-t’il besoin de béquilles pour penser ? Ne peut-il pas faire le tri entre les idées nauséabondes et le bon sens ? Censurer des affiches comme certaines villes ont cru bon de le faire, est-ce la garantie pour la démocratie ? La liberté d’opinion se forge parfois à coup de bons et mauvais exemples, elle s’expérimente, se renforce dans l’adversité, pas dans le consensus mou. Apprendre à débattre, à exposer ses idées, à défendre ses opinions, à penser de manière autonome sont les plus sûrs remparts contre les déviationnismes de tout genre. Arracher une affiche par contre n’ouvre aucune perspective.
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10.08.2009
Hommage à Claude Froidevaux
Dans l'équipe de journalistes constituée autour de l'émission Forum de la Radio Suisse Romande (RSR), j'ai eu le privilège de travailler avec Claude Froidevaux qui en fut le producteur quelques années jusqu'en 1998. L'homme de radio avait la curiosité vive: combien de fois n'avons-nous pas recomposé ensemble la feuille de route de nos invités de la soirée ! Mais le plus passionnant avec Claude Froidevaux aux commandes de Forum, ce fut d'imaginer partout où nous pourrions donner la parole aux interlocuteurs de l'émission. L'actualité commandait qu'on débatte sur place à Washington au moment de l'affaire des fonds juifs en déshérence, que l'on soit en direct au Tessin ( et pas seulement sous la coupole à Berne ) pour traiter des thèmes de politique fédérale.
Le débat avec lui n'excluait jamais la rencontre, l'écoute de l'autre, le plaisir de partager des moments exceptionnels, comme cette édition anniversaire de Forum, que le bel Hubert, chanteur-poète-garagiste, invité pour l'occasion, fit et défit avec son humour complètement décalé !
S'inspirer de la formidable expérience journalistique accumulée par Claude Froidevaux m'a permis d'appréhender un certain regard sur l'actualité. Au matin du 3 septembre 1998, quelques heures après le crash, au large de Peggys Cove, du vol SR 111 reliant New York à Genève Cointrin, nous nous demandions déjà quel serait l'angle de Forum, alors que cette tragique nouvelle allait s'amplifier au fil des heures dans tous les médias et dans tous les esprits et qu'il faudrait, de 18h20 à 19h, apporter notre contribution.
Pour Claude Froidevaux comptait d'abord le regard et la manière de dire les choses et les gens. Sa voix chaleureuse, capable d'accueillir une émotion authentique, y fut pour beaucoup.
Merci Claude pour ta si belle présence radiophonique.
15:57 Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : claude froidevaux, rsr, émission forum
16.07.2009
Lectures d'été
Mettre à profit quelques grandes plages de temps pour saisir la pile de livres que l’on attend de découvrir reste à mon sens l’un des bienfaits de l’été et des longues heures qu’elle nous offre. Et s’il faut dire de quels livres il s’agit, voici trois titres, suffisamment emblématiques pour vous les présenter:
Le grand art de la petite conversation par Debra Fine (Leduc Editions): La carrière de Debra Fine, ingénieur de formation, a pourtant commencé dans un univers technique, très ancré dans le rationnel et le concret. Mais elle a très vite constaté une importante lacune: dans le flux des relations humaines, il est primordial de trouver le déclencheur qui assure l’énergie première de la communication. L’art de la petite conversation n’a rien d’une méthode gadget. Debra Fine, devenue spécialiste en communication, ausculte non sans humour les méandres de la conversation, ses pièges, ses embarras. Que dire à quelqu’un que l’on ne connaît pas et comment engager une conversation qui ne vire pas au bulletin météo ? Sans oublier l' écoute attentive qui permet à la conversation engagée d'être constructive dans les nombreuses situations – professionnelles, privées- où nous évoluons en société.

La note sensible de Valentine Goby (Folio): Un roman qui déroule une musique sensible, féminine, autour d’une jeune professeur d’anglais et d’un musicien, tous deux voisins de palier dans un immeuble parisien. La tension naît entre ce qui est suggéré et ce qui finalement se dénouera.
Une écriture en miroir d’une partition, quand la note sensible, le demi-ton, introduit un vacillement, "tout ce qui pourrait être et qui n’est pas". Maîtrisé de manière romanesque, ce texte offre une belle compagnie, se lit en une courte pause d'après-midi, comme l’écoute des harmonies de l'Elégie de Fauré sur les cordes d'un violoncelle.
À déguster en écho aux nombreux festivals de musique -classique ou rock- qui ponctuent l'été, en plein air.
Melnitz de Charles Lewinsky (Nagel und Kimche): J’alterne volontiers les ouvrages en français avec une lecture d’un auteur dans sa langue d’origine, car les traductions rapides gardent des formules boiteuses et cela en devient pénible après quelques chapitres. Quand j’en ai l’occasion et le temps, honneur à l’allemand et à l’anglais. J’ai choisi pour cet été la fresque, dressée par Charles Lewinsky, ayant pour centre la vie d’une famille juive, les Meijer, établie en Suisse alémanique. L’action se déroule entre 1871 et 1943 et renvoie à la manière dont la Suisse menait sa politique intérieure vis-à-vis d’une minorité, de sa culture et de sa religion. Sous ses airs bon enfant, le propos est éclairant pour les questions qui font l’actualité de notre pays aujourd’hui. |
19:49 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : communication, lecture, vacances


Melnitz de Charles Lewinsky (Nagel und Kimche): J’alterne volontiers les ouvrages en français avec une lecture d’un auteur dans sa langue d’origine, car les traductions rapides gardent des formules boiteuses et cela en devient pénible après quelques chapitres. Quand j’en ai l’occasion et le temps, honneur à l’allemand et à l’anglais. J’ai choisi pour cet été la fresque, dressée par Charles Lewinsky, ayant pour centre la vie d’une famille juive, les Meijer, établie en Suisse alémanique. L’action se déroule entre 1871 et 1943 et renvoie à la manière dont la Suisse menait sa politique intérieure vis-à-vis d’une minorité, de sa culture et de sa religion. Sous ses airs bon enfant, le propos est éclairant pour les questions qui font l’actualité de notre pays aujourd’hui.